Ames soeurs

 

Chapitre 2 : Une matinée placée sous de bons hospices

Genre : euuuuh ???

 

 

  Il se réveilla le lendemain alors que les premiers rayons du soleil pointait à peine à l’horizon. Il les sentit glisser doucement sur ses yeux encore fermés, réchauffant sa peau légèrement froide d’avoir passé ainsi toute la nuit dehors.

  Il laissa quelques instants encore son esprit vagabonder de-ci, de-là au gré des derniers lambeaux d’un rêve qu’il commençait déjà à oublier. Puis il se força à ouvrir son regard sur le jour naissant, clignant des yeux face à cette soudaine clarté avant de s’étirer légèrement en baillant.

  Il frissonna légèrement et se frictionna les bras pour se réchauffer avant de jeter un coup d’œil brumeux mais scrutateur autour de lui.

  Que faisait-il là ?

  C’était bien la première fois qu’il passait la nuit dehors.

  Il bougea légèrement et une sensation soudaine et très désagréable de manque se fit soudain sentir.

  Il était seul et ne l’aurait pas du.

  En un instant tous les évènements de la veille lui revinrent en mémoire, la révélation de Harry et Hermione, le cours de potion, son escapade nocturne, les paroles de McGonagall… Malfoy.

  Malfoy.

  Il n’était plus là et Ron n’avait pas besoin regarder une nouvelle fois le toit pour savoir qu’il l’avait quitté.

  Voilà, tout était terminé, tout ce qui s’était passé n’était plus qu’un lointain souvenir qu’il lui valait mieux effacer.

  Aucun doute que le blond serrait égal à lui-même lorsqu’il le reverrait, Crabbe et Goyle sur ses talons pour une fois de plus se moquer de lui.

  Il ne put s’en empêcher mais à cette idée, il sentit son cœur se serrer. C’était idiot. Il était vraiment idiot. Tout ça n’avait été que l’affaire de quelques heures. Il savait pertinemment qu’il n’y avait rien à espérer de ce qu’il s’était passé. Draco s’était laissé aller pendant quelques précieux instants et Ron se doutait que plus jamais une chose pareille ne se reproduirait. Il ne fallait pas espérer que cette rencontre d’une nuit puisse créer entre eux un quelconque sentiment d’amitié. Il s’était seulement trouvé là où il le fallait quand il le fallait. Maintenant tout était terminé.

  Alors pourquoi se sentait-il aussi mal ?

  « La poisse ! » Pensa-t-il. « Malfoy, je te hais ! Pourquoi as-tu fait ça ! Comme si je n’avais déjà pas assez de problèmes comme ça ! »

  En parlant de problème, il ne fallait pas qu’il oublie qu’il se trouvait sur le toit de son école à une heure où il aurait du être dans son lit et qu’il avait tout, sauf intérêt à se faire surprendre.

  Décidant d’écarter de ses pensées toutes traces de Draco pour quelques heures, il se redressa en grimaçant. Ses jambes étaient courbatues d’avoir passer toute la nuit assis en tailleur et il devait déjà s’estimer heureux de sans sortir sans crampe.

  Lorsqu’il fut enfin debout, un large pan de tissu noir glissa au sol et il lui fallut quelques instants pour comprendre qu’il s’agissait de la cape de Malfoy. Il n’avait pas réalisé qu’elle le recouvrait avant qu’elle tombe à terre.

  Ainsi il lui avait laissé pour ne pas qu’il attrape froid !

  Ron eut beau tout faire, se traiter de tous les noms, se mettre un nombre incalculable de coups de pied imaginaires au derrière, il ne put s’empêcher de sourire.

  Se penchant et ramassant délicatement la cape de satin noire, il la replia soigneusement avant de la glisser sous son bras et de se diriger à pas lents et encore quelque peu rigides vers la trappe.

  Il la souleva doucement.

  Parfait, aucun des verrous n’avait été remis à sa place. Il remercia silencieusement Malfoy de ne pas s’être arrangé pour qu’il se fasse prendre et se glissa discrètement dans l’escalier. La vieille bâtisse était encore très sombre, alors que les rayons du soleil parvenaient à peine à filtrer à travers les larges fenêtres et il lui fallut quelques secondes pour accommoder sa vision.

  Une fois qu’il fut sûr qu’il ne risquait pas de rater une marche, il commença à descendre lentement, évitant, sans aucun problème cette fois, le piège à souries et s’arrêta  sur le palier pour observer le plus discrètement possible le couloir.

  Aucun signe de vie ou de mort.

  Il avait plus à craindre à cette heure indue de la matinée de Peeves et de sa manie de jouer des mauvais tours aux gens que de Rusard et sa chatte ou d’un quelconque professeur.

  Heureusement pour lui, le fantôme semblait avoir pris aussi quelques heures de repos, à moins que ce ne soit Baron Sanglant qui ne lui ait réglé son compte pour quelques temps. Cet affreux fantôme gardien des Serpentards était probablement le seul être pour lequel Peeves ait jamais éprouvé de la peur. Il n’était même pas sur que Vous-Savez-Qui est pu lui faire un tel effet.

  Rapidement, il se glissa dans le couloir et s’empressa d’atteindre la deuxième série d’escaliers avant que quiconque n’ait la malheureuse idée de sortir. Maintenant que le soleil se levait, il n’avait plus la promiscuité des ténèbres de la nuit pour se cacher en cas d’alerte comme il l’avait fait la veille.

  Il finit par arriver devant l’entrée des Griffondors sans aucun dommage, mais crut que son cœur allait lâcher lorsqu’il se rendit compte que la Dame du tableau avait décidé de profiter de ce début de mâtiner pour partir faire un tour. Bien sûr, il la comprenait, elle devait veiller une bonne partie de la journée et de la nuit sans bouger pour attendre l’arrivée des pensionnaires, mais elle n’avait pas pu choisir pire moment.

  Il lui fallut attendre presque quinze minutes, alors que les battements de son cœur se faisaient des plus violents avant qu’elle ne réapparaisse enfin. Il laissa échapper un soupir de pur bonheur quand il la vit arriver et avant qu’elle n’ait eu le temps de poser la moindre question, il donna le mot de passe.

  _ Capus Draconis. Murmura-t-il.

  Aussitôt la porte s’ouvrit pour lui laisser le champ libre. Il entra rapidement et s’appuya contre le panneau de celle-ci lorsqu’elle se referma, fermant les yeux et se donnant deux minutes pour calmer les battements furieux qui lui déchiraient presque la poitrine.

  _ Heureusement que je savais où elle était, susurra soudain une voix.

  Ron sursauta et ouvrit son regard sur la silhouette fantomatique de Quasi-Sans-Tête.

  _ Tu n’es pas raisonnable, dit-il. Si je ne connaissais pas ses habitudes tu aurais été bien embêté, surtout que Rusard recommence sa ronde à peu près à cette heure ci.

  _ Mer… merci, balbutia Ron, sans vraiment comprendre pourquoi le fantôme l’avait aidé.

  _ Ne me remercie pas. Je t’aime bien, tu m’es très sympathique. Et puis…

  Le spectre laissa sa phrase en suspens et un lourd silence s’installa pendant quelques instants.

  _ Fait bien attention à toi, finit-il par dire. Je détesterais qu’il t’arrive quelque chose. Mais j’ai confiance, je suis sûr que tu t’en sortiras très bien. Je confiance en toi.

  Et il disparut.

  Ron en resta bouche bée, il n’avait rien comprit à ce curieux échange, mais se sentait inexplicablement heureux.

  Quasi-Sans-Tête lui avait dit qu’il avait confiance en lui. Il ne savait pas pourquoi et s’en fichait royalement. Il l’avait dit et c’est tout ce qui comptait

  Lentement, un immense sourire aux lèvres et le pas léger il se dirigea vers sa chambre.

  C’est à ce moment là qu’il se fit surprendre par Harry qui attendait devant sa porte, visiblement furieux. De lourdes cernes décoraient ses yeux qui lui lançaient un regard de flamme.

  Ron lui fit un petit sourire qui devait plus tenir de la grimace, alors que le visage de son ami s’assombrissait un peu plus.

  _ Bon… Bonjour Harry, murmura-t-il, en se tortillant les mains dans tous les sens.

  _ Bonjour… Oui je crois que c’est bien le mot exact pour qualifier ce début de matinée.

  Ok, bon, il était visiblement plus que furieux de sa « petite » promenade nocturne. Mais au diable s’il avait pu savoir ce qui allait se produire

  _ On peut savoir où tu étais passé ? Demanda le brun d’un ton tranchant. Tu ne crois pas que tu as fait assez de bêtises comme ça.

  Ron commença à s’énerver. En quoi cela avait de l’importance puisqu’il n’avait fait perdre aucun point aux Griffondors ? Car c’est tout ce qui comptait n’est-ce pas ? Rien de plus, toujours les points, toujours battre les autres. Parfois il haïssait vraiment cet esprit incessant de compétition.

  Il crispa son poing à s’en faire blanchire les jointures et pris une profonde inspiration pour calmer le cri de frustration qui lui montait à la gorge.

  _ Qu’est-ce que ça peut te faire, répliqua-t-il. Ce n’est pas la peine de t’inquiéter, je ne me suis pas fait prendre. Aucun risque de voir s’envoler à nouveau cinquante points. Si tu crois vraiment que ça m’amuse de nous faire perdre l’avance que tu arrives à nous assurer, si tu crois qu ça m’amuse de passer pour un imbécile auprès de mes meilleurs amis et bien je peux te…

  Il n’eut pas le temps de terminer, Harry s’était fendu d’un immense sourire et venait de lui mettre une tape amicale sur la tête.

  _ Imbécile, je n’en ai rien à faire que tu nous fasses perdre des points, dit-il. J’étais seulement inquiet pour toi. En ne te voyant pas revenir de la nuit, j’ai cru qu’il t’était arrivé quelque chose. Tu crois vraiment que je m’inquiéterais pour un truc aussi terre à terre que des points. Bon dieu, Hermione et moi avons passé la moitié de la nuit à te chercher dans toute l’école.

  _ Vraiment ?

  _ Bien sûr, je me suis douté, avec ce qui s’est passé hier, que tu ne devais pas te sentir bien, donc j’ai voulu aller te voir pour qu’on en parle. Mais tu n’étais déjà plus là. J’ai décidé d’attendre un peu et quant au bout de deux heures je ne t’ai pas vu revenir, j’ai commencer à m’inquiéter.

  _ Je… Je ne savais pas. Je suis désolé.

  Alors ils s’étaient réellement fait du souci pour lui ? C’était adorable.

  _ On ne t’en veut pas, va ! Je suis même sûr que la première chose que fera Hermione quand elle sera réveillée c’est te sauter au cou de joie. Maintenant, si tu me disais où tu étais passé.

  _ Sur le toit de la tour de magie.

  Harry roula des yeux, surpris.

  _ Mais je croyais que la trappe était fermée.

  _ Moi aussi, j’avais prévu un sort pour l’ouvrir, mais je n’en ai pas eu besoin.

  _ Bizarre… et tu étais seul ?

  Ron hésita un tout petit instant, mais pas suffisamment pour que son ami s’en aperçoive.

  _ Oui.

  Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait menti. Peut-être pour protéger Malfoy, peut-être pour se protéger lui.

  Non, la vérité c’est qu’il préférait garder la surprenante intimité de ces quelques heures comme un précieux secret. Un secret que lui seul et Draco pouvait partager. Il avait été réellement heureux pendant quelques instants. Quelques fabuleux instants où quelqu’un avait enfin eu besoin de sa présence. Et ça, il voulait le garder pour lui. Les autres ne comprendraient jamais.

  Il fut tiré de ses pensées par un Harry qui l’entraînait déjà vers sa chambre.

  _ Aller, dit ce dernier, va te préparer, moi je vais essayer de rattraper ma nuit blanche pendant les quelques minutes qu’il me reste.

  Ron eut un petit sourire contrit et s’excusa une nouvelle fois. Harry approuva du chef en marmonnant une phrase incoercible sur les vertus de se confier à ses amis et pénétra dans sa chambre.

  Il perçut un bruit sourd de chute de corps sur matelas, puis plus rien. Le brun venait probablement de battre le record du monde de plongée dans le sommeil. Ron était prêt à parier qu’il n’avait même pas eu le temps de toucher son lit avant de s’endormir.

  Lui-même referma la porte de sa chambre et alla poser sur sa commode la cape qui n’avait pas quitter son bras. Il caressa rapidement le tissu soyeux avant de la délaisser pour passer dans la salle de bain, non s’en avoir fait un petit tour par son armoire.

  Après s’être déshabiller, il s’observa un instant dans la glace. Il avait parfois du mal à croire que son reflet était celui d’un garçon de dix-sept ans. Il restait assez maigre, malgré ses efforts pour se muscler et n’était pas très grand. D’un petit mouvement de main, il remis en place quelques épis roux mal coiffés et s’attarda sur les tâches de rousseurs qui constellaient sa peau d’albâtre. Celles-ci s’étaient estompés avec le temps et avaient presque entièrement disparues contrairement à ses frères qui avaient vu les leur garder toute leur intensité. Sa mère se désespérait parfois de ce changement, mais Ron trouvait que ça lui allait plutôt bien. Et puis, même si ce n’était pas grand chose, il trouvait là le moyen de se démarquer un peu du reste de la famille.

  Dix-sept ans. Il avait parfois du mal à croire qu’il avait déjà passé près de six années à Poudlard. Encore trois ans et il pourrait passer l’examen final et se voir gratifier d’un véritable statut de sorcier. Enfin.

  Que ferait-il ensuite, il n’en avait pas la moindre idée. Il verrait en temps voulu.

  D’un mouvement souple, il se détourna pour entrer dans la douche et ouvrit le robinet qui déversa immédiatement sur sa peau un jet brûlant. Il régla rapidement la température à un niveau très acceptable pour lui, tout en restant bien trop chaud pour la majorité des gens. Il avait toujours aimé la sensation du liquide à peine supportable glissant le long de ses membres pour détendre et masser chacun de ses muscles et faire naître en lui un étrange sentiment de léthargie.

  A tâtons, il se saisit de la bouteille de gel douche dont il versa une partie de la crème délicatement parfumée sur une éponge de bain. Une importante mousse odorante se forma aussitôt et il se lava consciencieusement corps et cheveux.

  Le gel, parfumé à la noix de coco, lui rappela le parfum de Malfoy et un étrange vague à l’âme l’envahis aussitôt qu’il repoussa avec difficulté.

 C’est néanmoins le cœur léger qu’il finit de se rincer et sortit de la douche pour s’emmitoufler dans un épais et moelleux peignoir de bain.

  S’il adorait les douches brûlantes, il détestait quitter la promiscuité de la cabine et sentir courir sur sa peau le souffle glacé de l’air ambiant. C’est pour cette raison qu’il s’était acheter le peignoir et ne le regrettait pas le moins du monde car il était très agréable.

  Une fois parfaitement séché, il enfila des vêtements propres, passa un rapide coup de peigne dans sa courte chevelure encore mouillée et sortit de la salle de bain.

  Un rapide coup d’œil à son réveil lui appris qu’il avait encore beaucoup de temps devant lui. Néanmoins il savait qu’il trouverait déjà de quoi déjeuner dans la salle commune et après avoir attrapé un de ses cahiers de cours et la cape de Draco, il sortit de sa chambre pour s’y rendre d’un pas alerte.

  La journée avait commencé sous de très bons hospices et il espérait bien que cela ne changerait pas et pourrais lui faire oublier ce qui s’était passé la veille.

   « Enfin pas tout ! » Pensa-t-il.

    Lorsqu’il parvint à la salle à manger, celle-ci était presque entièrement vide. Il n’y avait là que quelques étudiants de dernière année qui révisaient avidement chacun de leurs cours en vue de l’examen de fin d’année ou préparaient leur thèse.

  Lui-même se choisit une table un peu à l’écart dans la section réservée à son groupe pour se mettre à ses propres révisions. Un contrôle sur l’histoire de la magie était prévu en fin de matinée et même s’il maîtrisait parfaitement son sujet, merci Hermione, il préférait réviser encore un peu tout en déjeunant.

  Il posa la cape sur ses genoux et la protégea par un petit sort afin qu’elle ne soit pas tâchée, puis il posa son cahier de cours à côté de lui, l’ouvrit à la page recherchée : La grande épopée des Dragons, et se servit à manger tout en récitant sa leçon.

  Il se rendit compte qu’il mourrait de faim quand il finit d’avaler son troisième croissant tout en buvant une gorgée de chocolat fumant. Il faut dire que la veille au soir, il n’avait pas eu le cœur à manger. Remplir son ventre affamé avec des mets aussi délicieux n’était pas sans lui déplaire et il dégusta chaque bouchée.

  Il reposa son bol pour refermer son cahier une fois qu’il fut parfaitement sûr qu’il maîtrisait son sujet et se surpris, dès lors qu’il n’eut plus rien pour s’occuper, à surveiller régulièrement l’arrivée des élèves dans l’espoir d’apercevoir Malfoy.

  Au bout d’un certain temps, les premiers professeurs arrivèrent avec en tête McGonagall et Flitwick. Ces derniers semblaient s’être assez bien remis de leur probable nuit blanche, mais leur mine était toujours aussi sombre et inquiète.

  Les voir ainsi rappela à Ron leur conversation de la veille et des dizaines de questions vinrent à nouveau se bousculer dans sa tête. S’il avait pu, il se serait levé pour aller à leur rencontre et leur demander de but en blanc une réponse à ses interrogations. S’il avait pu…

  Malheureusement, il doutait qu’ils apprécient le fait qu’il soit au courant et quand bien même cela ne les dérangerait pas outre mesure, il y avait peu de chance qu’ils daignent lui répondre.

  Il resta donc à sa place et les regarda s’installer, l’esprit tournant à pleine vapeur, espérant presque qu’un de leur geste ne trahisse leur secret. Il les observait avec une telle intensité, qu’il en oublia de cligner des yeux et ne s’en rendit compte que lorsqu’un petit flot de larmes vint rouler sur son regard presque sec. Il battit furieusement des paupières pour humidifier ses cornées et chasser la douleur, avant de reporter à nouveau son attention sur les deux professeurs.

  Ceux-ci, contrairement à leur habitude s’était installés en bout de table et discouraient vivement à voix basse loin de toutes oreilles indiscrètes. Ils touchèrent à peine à leur déjeuner, picorant de-ci, de-là pour maintenir l’illusion, ce qui sembla parfaitement marcher puisque seul Ron parut s’en rendre compte. Il fallait bien avouer que s’il n’avait pas été à peu au courant du problème, il n’y aurait pas prêté la moindre attention.

  Régulièrement, il voyait leur regard se tourner vers l’entrée des élèves et il était évident que plus le temps passait, plus ils étaient anxieux.

  McGonagall battait furieusement des doigts sur la table en un mouvement de plus en plus rapide, alors que Flitwick ne cessait de gigoter dans tous les sens sur sa chaise, apparemment incapable de trouver une position confortable.

  Ron crut à un moment qu’ils allaient exploser, alors que la sorcière s’était levée et s’apprêtait visiblement à quitter la pièce en direction des dortoirs quand il la vit soudain se détendre. Elle se rassit d’un coup, les jambes flageolantes et poussa un grand soupire de soulagement. Plusieurs professeurs lui jetèrent un coup d’œil étonné et Flitwick rougit comme une pivoine, alors que McGonagall ne semblait pas les avoir remarqué, toute son attention reporté sur un point de l’autre côté de la pièce.

  Ron suivit immédiatement son regard pour voir Malfoy et ses deux acolytes entrer à leur tour dans la palle et venir s’installer à leur table. Crabbe et Goyle couraient presque derrière lui, tentant visiblement de l’inclure dans une conversation dont il n’avait que faire.

  Weasley lui-même ne put contenir un petit soupire, alors que tous ses soupçons se voyaient confirmer. Plus aucun doute possible, c’était bien pour Draco que les deux professeurs semblaient tellement s’inquiéter.

  Comme son apparition dans la pièce avait visiblement relâché une grande partie de leur tension, il ne fut pas difficile à Ron d’en déduire qu’ils avaient craint que ce dernier ait pu fuguer ou… pire.

  Le jeune homme sentit une boule se former dans sa gorge quand il comprit que s’il ne l’avait pas rencontrer la nuit d’avant, ils auraient très bien pu le retrouver mort au petit matin, écrasé au sol. Bien sûr il n’avait aucune preuve qu’une telle chose aurait pu se produire, mais c’était une possibilité non négligeable.

  Restait la question la plus importante alors : pourquoi ?

  Il observa Malfoy qui lança un drôle de regard aux deux professeurs, mélange de terreur et de dégoût, avant de s’asseoir à sa place et de parcourir la salle des yeux, plein de sa suffisance habituelle.

  Leur regard se rencontrèrent soudain et Ron sembla se noyer dans l’immensité océane de ses prunelles azurs. Le temps sembla soudain perdre toute substance, alors qu’il n’avait plus conscience de ce qui se passait autour de lui. Et à l’arrogance qui teintait les yeux du blond se substitua immédiatement la même douleur et la même tristesse que la veille. Ron se crut retourné quelques heures en arrière et n’eut plus qu’une envie, se lever pour prendre le jeune homme dans ses bras et le réconforter à nouveau.

  Cet instant passa malheureusement trop vite lorsqu’il sentit un poids lui sauter sur le dos en criant de joie et qu’il détournait son regard pour voir qui venait de lui fracturer la colonne vertébrale. Il eut à peine le temps d’apercevoir le visage d’Hermione avant qu’un immense smack ne soit déposé sur sa joue. Il ne put s’empêcher de sourire à cette marque d’affection excessive et parfaitement inhabituelle chez la jeune femme, qui fit naître chez Harry, qui la suivait, un faux masque de contrariété jalouse.

  _ Tu m’as fait peur crétin, lui murmura-t-elle à l’oreille. Ne me refais plus jamais une chose pareille.

  _ Promis.

  _ J’y compte bien.

  Et sur ceux, elle s’assit au côté de Harry qui lui lança un regard « je te l’avais bien dit », avant de lui sourire et d’entamer avec la jeune femme une conversation des plus palpitantes pour savoir quelle était la meilleure plante entre la mandragore ou le pied de dragon pour préparer le filtre de sommeil du prochain cours de potion. Harry s’entêtait à dire que la mandragore était bien trop puissante et dangereuse pour une telle utilisation, mais Hermione n’était pas d’accord et maintenait qu’elle seule avait les propriétés nécessaires pour que la préparation soit véritablement efficace.

  Ron sourit de les voir ainsi gentiment se chamailler, mais détourna bien vite son regard pour reporter son attention sur Draco qui fixait désormais son petit déjeuner avec une intensité surprenante.  Il était complètement perdu dans ses pensées et ne prêtait pas le moins du monde attention à se deux camarades qui faisaient pourtant tout s’attirer ne serait-ce qu’un regard de sa part.

  Du coin de l’œil, il aperçut McGonagall qui observait le jeune homme avec la même intensité que lui avec son repas, comme hypnotisée par sa présence. Son visage s’était composé un masque triste et désolé qui était bien loin de l’habituelle froideur qu’elle s’évertuait à montrer. Elle semblait incapable de retrouver une expression normale ce qui faisait penser à Ron que la situation était peut-être beaucoup plus grave que tout ce qu’il avait pu imaginer.

  A nouveau, il reporta toute attention sur Malfoy qui avait fait de même et une fois encore leurs regards se plongèrent l’un dans l’autre. Weasley réalisa à cet instant qu’il avait devant lui le véritable Draco, celui qu’il s’évertuait à dissimuler depuis des années. Il était presque sûr que même ses meilleurs amis ne connaissait pas sa véritable personnalité.

  Il avait peut-être eu tord. Peut-être les évènements de la veille n’était que le prologue à la naissance d’une véritable amitié, à un véritable…

  Coupé dans ses pensées par l’apparition d’une ombre gigantesque qui lui bouchait la vue, il poussa un petit grognement mécontent avant de se rendre compte que se tenait devant lui le professeur Rogue.

  Il se fit soudain tout petit sur sa chaise et attendit un éclat de colère et un retrait de points qui ne vint jamais. Il leva alors les yeux sur Rogue qui poussa un soupire.

  _ On m’a expliqué, dit-il avec une répugnance certaine, que vous n’étiez pas responsable des évènements d’hier. J’annule donc le retrait de points.

  Une immense liesse se fit entendre à la table et Rogue renifla de mécontentement.

  _ Mais sachez que je ne serais pas toujours aussi généreux, dit-il avec colère, alors faite très attention.

  Ron se contenta d’acquiescer poliment et attendit que le professeur se soit éloigné pour laisser éclater sa joie. Plusieurs mains vinrent lui taper amicalement dans le dos, alors que toutes les tables se mettaient déjà à discuter de cet événement extraordinaire. C’était la première fois depuis que Rogue était en poste, qu’il s’excusait, car il s’agissait bien d’excuse, et avouait s’être trompé. Cette histoire resterait longtemps gravée dans les annales de l’école, on pouvait en être sûr. Elle deviendrait probablement légendaire.

  Tout à sa joie Ron se demanda qui avait bien pu interférer en sa faveur. Il ne pouvait s’agir de Neville. Même si le jeune homme avait été assez courageux pour le faire, ce dont il doutait grandement, jamais Rogue ne l’aurait écouté. Alors qui ?

  Un soupçon lui traversa soudain l’esprit et il se tourna vers la table des Serpentards, mais Malfoy avait déjà disparu.

 

 

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